On en revient donc au Cinsault

Après des années d’adoration et de pâmoison pour le sieur Carignan (qui se souvient de Carignan Story, toujours consultable sur ces lignes), ceux qui me suivent ont pu constater que j’en pince de plus en plus pour l’autre seigneur du Sud, le très honorable et fort vénérable Cinsault. Contrairement à ce que l’on croit trop volontiers, du moins dans mon Languedoc à moi, (capitale Béziers), les cuvées de pur Cinsault ne sont plus aussi rares qu’on ne le pense depuis que les vignerons ont découvert ces dernières années que ce cépage résistant à notre climat, donne des vins pleins de charmes, de structure, de légèreté et de finesse, bien loin de son affectation de jadis qui le condamnait, surtout en Provence, à ne faire que du rosé, si possible bon, peut-être même excellent.

Après dégustation, j’ai acheté cette bouteille de 2019, IGP Hérault, pardon “Pays d’Hérault”, lors d’une sorte de fête du vin organisée au sein de nos modestes halles Baltard à quelques jours de Noël, période où règne en général une folle frénésie dépensière. Aujourd’hui, en parfait victime d’un obscur dictat qui voudrait que le Cinsault ne soit pas indiqué pour vieillir, je me dis qu’il serait largement temps de le boire, rien que pour voir… 

Première constatation, ce “Lou Cinsault” du Clos Rivieral, propriété de Célia et Olivier Belle, m’offre un joli bouchon en liège couronné, côté pile, d’une belle teinte carminée qui, j’ignore au juste pourquoi, me rassure et déclenche chez moi un regard admiratif et satisfait. Comme toujours, le vin est servi à température réfrigérateur et, au début, dès les premières gorgées, je suis saisi par un léger “mordant” tannique dû certainement au fait que le vin est froid (autour de 12°) et que les grains ont probablement macéré plus que deux ou trois jours dans leur propre jus. Mais comme nous sommes, dans le Biterrois, à nous ravir des températures d’été indien qui sévit chez nous jusqu’à l’approche de novembre et de l’automne déclaré, mon Cinsault, à l’aise dans sa coupe, gagne en température assez vite pour, finalement, s’ouvrir pleinement et s’offrir à mes narines matinales (oui, c’est surtout le matin qu’elles fonctionnent mes narines). Le nez fin arrive assez vite sur un fruit rouge proche de la cerise bigarreau avec de délicates touches florales allant de violette à pivoine avec quelques senteurs supplémentaires de roses anciennes petites et blanches, de celles qui grimpent là où elles se plaisent le long de vieilles murailles de pierres. 

En bouche, le vin garde de sa finesse tout en faisant montre d’épaisseur et de puissance, non sans une certaine rugosité proche d’un cuir sur le point d’être culotté. Et le vin étant souvent l’image d’une situation, d’un paysage ou d’une personne, je pense à celle d’un noble et sombre sicilien d’âge mûr, tout droit sorti de son palais délabré, mais tout de même bien debout, en arrêt entre ombre et lumière dans son jardin botanique entretenu avec peine depuis plusieurs générations. Pour être complet, cette idée saugrenue me vient suite à la lecture réjouissante des nouvelles de Leonardo Sciascia, ici traduites par Mario Fusco. C’est cocasse et plein de vie méditerranéenne, édité chez Folio et je vous recommande la lecture de ces “Oncles de Sicile”.

Sur la viande rouge ou blanche comme sur mes saucisses grillées et le poulet bien rôti, “Lou Cinsault” passe à merveille tout en débarrassant la bouche d’un éventuel excès de gras. On écluserait volontiers son stock sans attendre, mais on se demande, tout de même, si le vin n’aurait pas encore quelque chose d’intéressant à nous dire, un supplément d’âme en quelque sorte, d’ici deux à trois ans, voire plus si nécessaire. Il me reste quatre flacons tout en haut d’une étagère dans ma cave et je fais donc la promesse de patienter pour voir la suite de ce rouge si bien dans sa peau.

Michel Smith

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